jeudi 31 mai 2007

Sur le départ


Le 9 février 1986, la comète de Halley fend le ciel. Je suis née sous une bonne comète. Rien de grave ne peut m'arriver. Je retombe toujours sur mes pattes, toujours.

Je sais que les semaines à venir vont être plus difficiles que les précédentes. J'avais retrouvé mon petit nuage, le vrai, sur lequel rien n'est très important. Maintenant, je me prépare à redescendre, parce que je sais qu'on ne reste jamais bien longtemps sur un nuage. C'était quand même un voyage heureux - insouciant, donc heureux. Je promets de ne pas être mélancolique et de ne rien regretter. Les choses changent.
Mon bail se termine en septembre. Je n'avais pas imaginé ma rupture avec Igor aussi douce et mutuelle. Ma vue sur le Crédit Lyonnais et mes clopes en pleine nuit, je pensais ne jamais pouvoir les quitter, ou dans le désespoir le plus profond. Mais maintenant, je me vois autre part, toujours avec quelques cigarettes, c'est sûr, mais à une autre fenêtre. Evidemment, il me manquera. Il s'en est passé des choses, dans ce minuscule appartement. J'aurais dû prendre un millier de photos et jouer avec Windows Movie Maker, et faire un film déchirant, sur une musique déchirante, qui m'aurait arraché des larmes déchirantes. Mais les trois ans sont passés, et je n'ai que quelques clichés. C'est comme ça. Ma mémoire gardera l'essentiel.

Quant à Ronald, je le quitte aussi. Je dis adieu à toutes ces jolies merdes, dans lesquelles je me suis encrassée ses trois dernières années. 18-21 ans, toute une époque...

lundi 28 mai 2007

Quart d'heure américain


Pour certains, le quart d'heure américain signifie vaguement un laps de temps pendant lequel ce sont les filles qui invitent à danser. Cette définition là ne me plaît pas. Elle est sexiste, ringarde, niaise, restrictive, et sous-entend que les demoiselles doivent attendre bêtement tout le reste du temps. C'est une règle de fonblard. Le vrai quart d'heure américain, c'est certes toujours un laps de temps, mais pendant lequel plus rien ne tient en place. Il ou elle court partout, saute, et surtout chante, ou plutôt crie. C'est un court instant de bonheur qui chasse tous les petits tracas, un pétage de câble dans les règles de l'art. A l'origine, ce sont les chats qui font leur quart d'heure américain, une fois par jour. Ils cherchent l'embrouille et la papouille, et occasionnellement se roulent sur le sol. On connaît donc le quoi et le comment, mais on ne comprend toujours pas le pourquoi du comment. Le choix du moment d'un quart d'heure américain reste mystérieux. J'en traversais un à l'instant, et je ne saurais dire ce qui m'a poussée à piallier comme ça, si ce n'est cette grosse averse et ce temps chaotique, fort bien réputés pour échauffer tous les animaux des zoos et autres. Puis ça retombe. La chute n'est pas gentille ou tranquille. Ca cesse net, sans prévenir. Sans crier gare, les petits nuages couvrent le beau temps, et l'esprit reprend sa forme cartésienne et bigrement freudienne.

vendredi 25 mai 2007

Bon appétit !


Malgré le champagne, le rosé, le Martini, les vodkas, difficile de ne pas se souvenir de certaines choses. Certains morceaux de bravoure, certaines phrases sorties des bas-fonds de mon esprit embué. Et quand bien même, il y aura toujours une ou deux oreilles qui auront entendu et se seront souvenues de ces passages corsés. Difficile aussi de ne pas me remémorer cet instant délicieux, autant pour les yeux que pour les papilles. J'ai découvert une nouvelle activité dont je ne soupçonnais pas les bienfaits. Un magret de canard au miel, un verre de vin, et un apollon qui a l'heureuse idée d'avoir endossé le costume tant apprécié du pompier, et qui entreprend un strip-tease excellemment maîtrisé, et qui montre avec ferveur le galbe de ses muscles, agrémentés de chantilly par-ci par-là. Bref, la soirée commençait sous les meilleurs auspices et n'augurait que du bon.
Une addition aussi vertigineuse que la chute de rein du jeune homme, un pourboire jaune, puis nous quittons les lieux, assouvis mais encore avides d'autres bienfaits, et toujours en forme, boostés par les petites bulles du bonheur. Nous prenons le métro avec bien plus d'enthousiasme que d'ordinaire, en quête d'un de nos pieds à terre, en quête d'un 'before' qui nous donnera toujours plus de baume au coeur pour la suite des événements. Encore bien difficile de rentrer à cinq dans l'ascenseur choiseulien, tout trémoussant et pifrés que nous sommes. Le défi est relevé, et comme au bon vieux temps, nous nous trouvons au sixième étage, qui devient le sixième ciel, le temps d'une énième gorgée sirupeuse. Mais redevenons sérieux une minute, le temps joue contre nous.
Trop tard, les métro ne circulent plus, ils dorment et s'en remettent aux guibolles folles des noctambules fous. Sans plus attendre, nous tricotons des gambettes à travers l'avenue de l'Opéra, les arcades (vides !) de Rivoli. Devant certaines enseignes, je ne réponds plus de rien. On salue WHSmith. L'alcool anglicise. La Tour Eiffel est plongée dans le noir, et l'un de nous la compare à Peter Parker dans ses plus mauvais jours. J'ai entendu bien des remarques sur cette Tour, jamais des plus subtiles pour la belle Paris, mais celle-là... redonne à Peter ses lettres de noblesses. Nous marchons, nous courons, nous sautillons, bref, de véritables coq en pattes. Les Champs, vides ou presque. L'Arc de Triomphe est à l'autre bout, notre balade folle n'est pas terminée. Donne-moi ta main, allume-moi une clope, et je rivaliserai d'arrogance avec cet Arc. L'heure tourne, et l'alcool, toujours l'alcool, fausse peut-être notre légendaire sens de l'orientation.
Enfin arrivés à bon port... ce fut long mais bon. 'Vous êtes tous majeurs, bien sûr ? – Oui, Chef !' Il faut être grand pour s'entasser dans une cave et suer en coeur. Quelques chemises rayées, quelques belles gueules, quelques sales gueules, bonsoir Paris ! C'est open bar, ne fais donc pas ta difficile. Une goutte, deux gouttes, trois gouttes de ce qui me semble être un très bon champagne glisse le long de mon échine. Bordel ! Qui ose ?! Une belle gueule, ma foi. On me retient de ne pas boire dans son verre maudit. Bon sang, où ai-je la tête ? Les amis du monde entier sont là pour éloigner les verres trop pleins. Une pause s'impose. Un verre d'eau bénite s'impose. Vodka pomme. J'espère discrètement que certaines notes et une voix stridente retentiront dans la salle. Et le voilà, mon cher, mon tendre, voilà Mika, voilà le saint patron du vrai son, de la vraie vie dans un dessin animé ! Paroxysme de la soirée, sommet, pic de délice. Il est tard, il est tôt. Moment de la nuit entre deux rives, où les chats rencontrent les chiens. C'est le moment idéal pour remonter à la surface du monde.
Il n'y a encore et toujours que l'alcool qui tienne en éveil nos corps, qui les balance et qui soulève quelques sourires. Et nos pas sont portés par le souffle légendaire qui ramène chez eux des êtres anéantis et béats, juste avant que l'aube et ses premières lueurs n'agressent leurs petits yeux rouges.
Finalement et donc, aucun trou noir, que du lumineux.
Bon anniversaire, ma Lulu.


'Mes amis, pour mon mariage improbable, et de facto mon enterrement de vie de jeune fille, n'hésitez pas, pourvu qu'il soit brun !'

jeudi 24 mai 2007

Relecture


C'est fou. J'arrivais la fleur au fusil à Rivoli. Un habituel champs de bataille transformé en terre courtoise et clémente, baignée de soleil, de temps et d'espoir. La soirée s'annonçait presque libre, du moins, j'avais l'opportunité d'en faire quelque chose. Quelques heures de travail n'entameraient certainement pas cette Lune heureuse sous laquelle je m'étais posée.

Erreur. Un premier regard, aussi furtif soit-il, me dit que rien ne sera aussi simple, aussi prévisible. Les heures filent, et je suis toujours en tenue d'équipière. J'ai des choses à me reprocher, j'accepte de rester, pour me faire pardonner. Je compte trop sur le coeur du business, même si je sais qu'il en est dépourvu. J'encaisse la faiblesse du temps, ses longueurs et ses lourdeurs, mais à mesure qu'il passe, je vois aussi s'endormir les promesses de la soirée. J'oublie vite ce regard glacial, ce bonhomme qui agresse avec ses yeux. J'essaie de voir les choses du bon côté : la reconnaissance et l'argent qu'apporteront ces heures supplémentaires. Même un peu, je suis preneuse.

Il est maintenant 3h du matin. Je n'ai plus personne à qui parler. Pourtant, je tiens encore une bonne forme. Un coup de fil résoudrait l'affaire, mais j'ai toujours détesté le téléphone. Je me dis qu'avec un air de jazz, ce serait presque une nuit new-yorkaise. Quand les rues sont noires et vides, on peut se croire dans n'importe quelle ville, après tout.

Mes seuls interlocuteurs sont des dossiers informatiques. Et quels interlocuteurs... Face au désarroi de la solitude, je me laisse distraire. Et c'est fou. C'est fou comme avec le temps, les questions les plus opaques trouvent des réponses évidentes. Elles étaient là, juste sous mes yeux. Il n'y avait qu'à lire pour comprendre. Et avec le temps, chaque année devient une foutue maquette miniature. Et j'en viens à la conclusion suivante : je suis un genre d'hypermétrope. Il me faut du recul. Absolument.

lundi 21 mai 2007

...Mais bon


Nous sommes au mois de mai. Enormément de gens sont nés au mois de mai. A croire que l'amour se déploie souvent au mois d'août. C'est un peu normal, car au mois d'août, contrairement au mois de mai, il n'y a pas grand chose à faire. Au mois de mai, il faut se rappeler chaque matin si ce n'est pas l'heureux anniversaire d'une connaissance, ou pire, de sa belle-mère. Il faut ensuite faire preuve d'imagination pour trouver ce qui va bien pouvoir contenter ce gémeau, quel petit présent bien pensé le rendra tout guilleret, quel cadeau offrira en retour un gros bisous de gratitude, voire plus. Une fois l'idée trouvée, il faut trouver l'objet ou mettre en place le concept. C'est la partie la plus physique du mois de mai. Il faut courir les magasins ou passer les commandes, et surveiller les délais. Le retard n'est pas autorisé au mois de mai, parce que le lendemain, ce sera l'anniversaire de quelqu'un d'autre. Il faudra à nouveau creuser dans sa mémoire, à nouveau faire fleurir son imagination. En mai, je ne fais pas ce qui me plaît, je cherche ce qui pourrait plaire.

J'aurais quand même trouvé le temps de faire quelques conneries, de m'enfiler la saison 1 de Dexter, de me heurter à la dure réalité de l'indifférence, et même aujourd'hui, de faire une playlist de derrière les fagots.

Celle-ci a sa place ici, au chaud, par les temps qui courent...

dimanche 20 mai 2007

Knock knock


J'avais aussi dans mes dossiers l'introduction du Roi et l'Oiseau, illustre film qui berça nos journées enfantines trop pluvieuses. Nous lui devons beaucoup, y compris l'apprentissage de certaines émotions jusque là inconnues au bataillon. L'angoisse, le frisson des belles chansons et des beaux mots, la découverte -bien qu'inconsciente- de Jacques Prévert. Puis avec le temps et la grossière croissance de nos êtres, nous laissâmes s'envoler autant nos enfances que cet oiseau locace. Et on l'oublia, ou plutôt, on le rangea dans un tiroir de la mémoire, que seul un cafard nostalgique peut décoincer. Il y a quelques temps et du haut de nos vingt et quelques années, nous avons retrouvé ce tiroir, qui à vrai dire, ressemblait plus à une armoire. Puis nous avons pioché dans ce bazar, comme dans une caverne aux merveilles pleine de paires de chaussettes. Parmi elles, il y avait le chapeau melon et le veston que portait cet oiseau, et avec ses grandes ailes et son grand bec, il me racontait à nouveau l'histoire de la charmante bergère et du petit ramoneur de rien du tout, de rien du tout ! Plusieurs années sont passées, et pourtant, quand il me parle, cet oiseau, j'ouvre à nouveau mes oreilles de gamine, et je suis rassurée.

Pour les cyniques

The man who said "I'd rather be lucky than good" saw deeply into life. People are afraid to face how great a part of life is dependent on luck. It's scary to think so much is out of one's control. There are moments in a match when the ball hits the top of the net, and for a split second, it can either go forward or fall back. With a little luck, it goes forward, and you win. Or maybe it doesn't, and you lose.

dimanche 13 mai 2007

Pour les barbus

Dans la nuit du 13 au 14 septembre 1964, le monde vivait en paix. Mais qui, au cours de cette nuit, appuya le premier sur la gachette ? Qui recassa le vase de Soisson ? Bref, qui donna le premier coup de pied au cul ?

L'histoire est en marches

22 avril : le jour du premier tour est enfin arrivé. Un dimanche à la campagne, tout le monde aux urinoirs. Je vote dans un village où tout le monde connaît tout le monde, je reconnais des visages. Eux ne me reconnaissent pas ou ne reconnaissent pas me reconnaître. Je déchire méticuleusement le bulletin de Nicolas. L'envie me vient de le jeter par terre et de le piétiner, mais je sais bien que ce genre d'effusion rageuse n'est pas autorisée dans un bureau de vote. Personne ne dit bonjour. La politique évince toute forme de politesse.
23 avril : massacre. Journée de défaite, chaude, bouillante, difficile, peut-
être la pire de l'année (à espérer). Entre les deux tours, le temps est long.
5 mai : soirée d'anniversaire pour notre Lulu nationale, et premier pied dans le monde adulte en attendant les 22 ans. Les verres se vident. Je teste avec succès un Martini blanc coupé au rosé. Délicieux... On revoit des visages, on les reconnaît, ils nous reconnaissent. Je revois les yeux verts et le sourire à tomber par terre. Pas assez beurrée, je reste sur mes deux pattes. Et je soupire sur le pavé, je soupire.
6 mai : après une nuit bien trop courte, je crois que j'ai la gueule de bois. Il est donc temps d'aller voter ! Toujours les mêmes visages. Je glisse le bulletin de Nicolas dans ma poche.
Je plie soigneusement celui de Ségolène vers l'intérieur, et le glisse dans l'enveloppe bleue. Une enveloppe bleue pour un vote rose, c'est con.
7 mai : dur...
Du 7 au 12 mai : il faut se consoler. Se consoler pour oublier le bleu de la France. Des macarons Ladurée (citron, framboise), des milk-shakes (fraise, vanille), des films, d'autres films, Mika.
12 mai : joyeux anniversaire, équipière ! Deux ans de bons et loyaux services, soit environ 1770 heures de travail et 22 000 clients servis en moins de 5 minutes.
Faut-il fêter tous les anniversaires ?

16 mai : non, ce ne sera pas le jour de la passation de pouvoir à l'Elysée. Ce sera l'ouverture du 60è Festival de Cannes, tout rond. Tarantino est en compétition officielle, et comme toujours, en tant qu'in
conditionnelle aveugle et sans même avoir vu le film (6 juin dans les salles), je soutiens mordicus qu'il méritera monts et merveilles dorés.
A moins qu'une énième déception se cache dans un coin de juin.

J'ai le coeur aiguisé...

mercredi 18 avril 2007

C'est le bordel, chez vous aussi ?

Je ne sais pas si c'est le sort du retour qui s'abat sur moi, mais je suis un brin haineuse, ce soir. Contre la Sncf, qui me fait raquer des sommes pas possibles et me met des heures de retard dans la vue, pour des raisons X ou Y qu'il me chaut peu de connaître. Contre ma voisine de train, qui m'avait volé ma place fenêtre, et dont la sympathie est à travailler. Contre les transports qui s'arrêtent à 1h00, pas plus, abandonnant tous les voyageurs en quête de compagnie.
Je suis triste et mélancolique, aussi, comme d'habitude. De toute façon, après un voyage en train, c'est difficile de ne pas être au moins mélancolique. Et comme si ça ne suffisait pas, j'ai écouté des musiques déprimantes, chargées, peut-être trop. Elles sont belles, mais comme toutes les belles choses, elles font mal.
M'enfin, l'aller avait été plus glorieux, côté fenêtre... J'avais même
été réveillée avec bonheur par une petite voix de gosse. Il n'y a que les gosses qui parlent à haute et intelligible voix dans les trains. Ils n'ont pas peur qu'on entende leurs conneries, eux. Le petit disait des choses ridicules et passionnantes. "Plus tard, j'irai dans les carrières au Maroc, pour trouver du vrai henné et me faire un tatouage. Hein Papa ? Et plus tard, je s'rai le p'tit Gavroche. Hein Papa ?" Mais la mère a stoppé net le flux. "Shht !" Dommage, j'aurais adoré connaître la suite des futures aventures de Gavroche.

Samedi, à Gare de Lyon, j'étais heureuse, comme un poisson dans l'eau prêt à prendre le large. Même cet ignoble buraliste n'a pas réussi à entamer mon enthousiasme. Il
était méthodiquement odieux avec tous les clients. Il n'avait évidemment pas mes Camel, et m'a plus jeté à la figure que vendu ses vieilles Marlboro. Raison de plus pour fumer "moins" et faire quelques heureux, je crois.

Puis l'ignoble buraliste et la méchante voisine de train ne me font plus aussi mal qu'avant. Le temps des désillusions est terminé. Les quelques années passées auront été vouées à un apprentissage difficile, un bourrage de crâne insatiable, une sorte de stage de l'extrême pour me dire que non, le monde n'est pas une montagne aux monts enneigés blindés d'Edelweiss. Il m'aura fallu un certain temps et une montagne de larmes, tout de même, pour encaisser l'affaire. C'est fait, la désillusion est effective, et je peux passer et penser à autre chose, maintenant. Je ne sais pas vers quoi je me dirige, la décadence ou la sagesse, chez Gainsbourg ou Gainsbar, vas savoir. Je vous tiendrai au courant.

A travers les vitres du train, on voyait la nuit tomber, tout
doucement. En un rien de temps, la journée était pliée, comme si rien n'avait compté, comme s'il fallait l'oublier. Une journée comme les autres, ni mieux ni pire, que j'avais aimée car il le fallait. C'est plus facile et moins fatiguant d'aimer que de détester. Puis le noir.

J'ai gambergé dans le train, gambergé dans les montagnes, gambergé dans le silence des nuits Romanaises. Des nuits au calme abyssal, où je n'entends que mon coeur qui n'arrête jamais sa course, lui. Un tel silence, je n'ai pas l'habitude. Il m'ouvre le vide, me file des vertiges, comme si je tombais sans jamais m'écraser. J'aime ça, j'ai besoin de ça. J'avais aussi en tête de refaire une sessi
on "memorable quotes from McDo", mais il fallait que je me souvienne de toutes ces perles qu'il ne faut justement pas perdre. En cherchant bien dans cette case de ma mémoire, je n'ai que les répliques récentes, et hélas, pas les meilleures. En tout cas, les clients ont une imagination débordante, dans un sens comme dans l'autre. J'oublie le pire, et je garde le plus beau. J'ai appris à deux reprises que j'étais "douce", dans un sens comme dans l'autre. Il faut tout de même me caresser dans le sens du poil pour voir ce côté là.

Me revoilà à Paname, et comme quand on boit un verre de trop, je suis partagée entre le soulagement et les regrets. Soulagement d'avoir terminé un voyage en mauvaise compagnie. Regret de n'avoir pas pu rester plus longtemps dans le sein des montagnes, mes montagnes chéries. Je reviendrai.

Maintenant, je me confonds dans la foule, dans Paris, après trois jours sans avoir vu plus de quatre personnes. Il ne me reste plus qu'à observer les marcheurs
en avance rapide, et jouer à deviner quelle peut être la complexité de leur vie. En déambulant comme ça, ils deviennent des corps vides et simples. Moi, j'aimerais connaître les pensées, les souvenirs, les angoisses, tout ce qui se cache dans ces corps solides, rapides et finalement creux. Idem dans le train, je me demande où vont vraiment ces gens, d'où ils viennent, voir qui et pourquoi. Xavier et moi posons la même question au monde : "C'est le bordel chez vous aussi ?"

jeudi 12 avril 2007

Artificial animals Riding On Neverland

Je n'avais pas encore vu Je vais bien, ne t'en fais pas. C'est fait, et je me sens tout chose. L'histoire de cette Elise qui perd son jumeau, cette Lili, qui n'a plus envie de rien, ni de manger ni d'aimer, de sa solitude soudaine, son coeur qui tombe en poussière, ses sourires forcés, l'incompréhension, l'incomprise, la lutte contre ceux qui ne comprennent pas, qui ne saisissent pas ce que c'est, un jumeau. J'appelle dans la foulée le besson pour le menacer et l'engueuler, lui dire qu'il n'a pas intérêt à disparaître comme ça, un jour, et qu'il n'a pas le droit de me laisser là, toute seule.
Bon film, mais voilà, maintenant, je balise, je me fais des idées noires. J'imagine le pire et sa suite encore pire. Le monde se replierait comme un vieux tapis rouge, et mon coeur, pauvre coeur, lui, il devrait s'arrêter !

lundi 9 avril 2007

Your world. Your imagination.

Petit week-end de Pâques au poil, même si on a malencontreusement oublié le bénédicté autour de l'agneau dominical. On omet volontairement la journée de samedi, semblable à toutes les autres, à vendre et revendre la quantité de sandwiches à base de ketchup et steak mou, pour mériter ma soirée dans le RER A toujours blindé, qui pue comme je pue la frite, qui crie et qui chiale pour le plaisir.
Dimanche soir de galère dans la fratrie, à la recherche de tune ou de matos pour égayer les esprits. Flop. On payait ces blasphèmes lancés sur le chemin de croix de Jésus, et autres sujets sacrés aux routes tout aussi sinueuses... Mais enfin, on ne sait toujours pas vraiment de quoi est faite sa douloureuse couronne d'épine. D'Aubépine ?

Finalement, la nuit s'est ouverte sur un poker toujours au poil, peu catholique mais efficace. J'ai ruiné mes frères, avec des petits brelans et full aux as bien placés, sans oublier les coups de bluff et LA suite royale assassine. Ce jeu est un jeu de femmes, qu'ils disaient. J'aurais dû jouer toute ma fortune, et partir ce matin pour les Baléares. Avec ce petit soleil au poil, j'ai envie de tremper mes petons dans un océan, peu importe lequel, juste salé et transparent, avec une petite pointe de bleu-vert. Le sable qui file entre les doigts de pied, bref, la totale.
Al Green et Samarabalouf, vous êtes les bienvenus sur mon île !

jeudi 5 avril 2007

Les risques du métier

Je marche comme une furie dans l'avenue, comme d'habitude, à la recherche d'un HSBC pour ruiner encore un peu plus mon compte en banque. Il fait beau, et le peuple marche comme moi, à toute blinde, comme d'habitude. Mais je n'imaginais pas qu'une partie du peuple, et pas la plus vilaine, déambule en roller sur les trottoirs, sans penser qu'elle risque de bousculer un passant au coin de la rue. Jusqu'au moment où ce jeune homme est arrivé et m'a presque roulé dessus. Quelqu'un qui marche vite a de nombreuses chances de rencontrer quelqu'un qui roule vite, et que tout le monde se fasse mal. Mais il s'est excusé deux ou trois fois, avec les mains devant sa bouche qui signifiaient mieux que tout son embarras. Comme dirait l'autre, il n'était pas parfait, mais il était charmant.
Période de deuil et de doute. Période de crue lacrymale, qui creusa le sillon de mes rides futures. Mais jeunesse passera, et quand je serai ratatinée, vieille et heureuse, mes rides seront tracées. Peut-être que je ne pleurerai plus autant. J'espère que je rirai autant, et que l'un sans l'autre fonctionne. Qui sait.
Peut-être que les fouinards ne s'arrêteront plus pour me demander si je suis germanique, catholique, juive, arabe, comédienne ou anglaise. Car en 21 ans, j'ai eu droit à toutes ces curieuses interrogations, toutes aussi farfelues les unes que les autres, auxquelles j'ai répondu en un simple et sec mot. Etrange pourtant : dans ce lot de supputations vaseuses, personne n'a jamais subodoré l'italienne, la libanaise, la jumelle ou celle qui a la haine. Le fouinard aurait alors fait mouche.
Peut-être que mes rêves se seront assagis. Je me souviendrai de cette vie onirique passée, de ces réveils en plein milieu de la nuit, de ces secondes interminables qu'il faut pour retrouver un semblant de réalité, me rendre compte que je ne suis pas morte, que je n'ai pas une balle dans le ventre, et que cet homme qui tourne les pages d'un journal dans la pénombre n'est que le fruit de mon imagination. On me conseille de noter mes rêves, mais si je les décris dans le détail, c'est comme s'ils se dérobaient. De toute façon, plus ils sont fous, plus ils restent chauds dans ma mémoire. Je me souviens encore de la rougeole du Professeur Tournesol et du squelette géant qui se bat contre Moby Dick. C'est dire.
Ou alors, ce sera pire, et je verrai tout cela de mes propres yeux, car à défaut d'être jeune et conne, je serai devenue vieille et folle. J'aurai abandonné depuis longtemps mon regard franc et triste, et le voile de la névrose envolera mes pensées vers un autre monde. Tout compte fait, j'attendrai patiemment les pages fripées de cette époque.
Je devrais bosser, au lieu de dire des bêtises.

samedi 31 mars 2007

Longue route et mauvais bout

Les hostilités ont commencé, un partiel est passé. Quatre heures de concentration sur Tristram Shandy, et enfin, enfin, j'aime ce bouquin de neuf volumes, dont l'épaisseur frôle les trois centimètres. Le passage qu'il fallait commenter est à mourir de rire, blindé d'allusions licencieuses délicieuses, à l'humour complètement rabelaisien. J'ai appris le sens du mot 'chausses', que mon âme percluse d'innocence ignorait jusque là. J'ai sorti le plume, qui glisse plus vite sur le papier et me fait gagner du temps. Je l'ai plongé dans l'encre de mes idées. Des bruits sortis de nulle part ont rompu le silence studieux de la salle, des bruits sortis des ventres, en fait. Comme d'habitude, il y avait un étudiant malade comme un chien, qui reniflait comme un pauvre cochon, et crachait ses poumons sur sa feuille, à défaut de mots. Le pauvre. Des années de partiels m'attendent encore. Mieux vaut m'y faire et apprécier l'exercice.

vendredi 23 mars 2007

Regarde par une larme comme le monde est flou.

Il fait froid, il est tard. J'ai froid, je suis fatiguée. Il fallait que je me couche tôt. Pourtant, je suis encore là, les yeux rouges et ouverts. Alors j'en profite pour lâcher quelques mots à qui voudra les attraper. Rien de bien neuf, que du vieux. Je trace ma route dans le désert, grand mais rempli de beaux mirages. La solitude talonne gaiement mes pas. Elle me suit comme une ombre, pas désagréable mais parfois pesante. En même temps, où avais-je la tête, on avance souvent seul dans un désert.
On n'est jamais aussi seul qu'on le pense.

Ensemble, c'est tout est avant tout un bon bouquin, paraît-il. C'est aussi un film touchant. Et puis, comme Camille, je suis incapable de sortir un de ces "j'ai pas envie que tu partes", et autres expressions du coeur. Alors forcément, ce personnage m'est allé droit au coeur, sans toutefois lui faire du bien, me rappelant combien ma glace est difficile à briser sans un pic adapté.

Je sais quand même pleurer les yeux fermés, faire rouler des larmes sur le bout de mon nez, et goûter leur sel sur le bout de mes lèvres. Les vents désertiques n'assèchent pas tout, pas encore.
Je passe quand même de bons moments.

Il paraît que les gens heureux ne font pas de belles histoires. Alors, c'est maintenant ou jamais. J'ouvre une porte dans la nuit, que les mots tombent comme du grêlon. Tous aux abris...

dimanche 18 mars 2007

J - 35

Je ne suis donc pas la seule à inventer des mots :

---> L'Apaisurne


Rigoloux ou drolix, je ne sachons pas vraimention...

A l'aveugle

"(Dring) Thomas Listen. Listen. There are times when life calls out for a change. A transition. Like the seasons. Our spring was wonderful, but summer is over now and we missed out on autumn. And now all of a sudden, it's cold, so cold that everything is freezing over. Our love fell asleep, and the snow took it by surprise. But if you fall asleep in the snow, you don't feel death coming. Take care.

Francine, je me souviens exactement, c’était le 15 mai. Le printemps tardait, la pluie menaçait, et tu criais...
- Please Bruno, please ! I can’t take it anymore !
- Hello ? I here you.
- (...) You’re an actress ?
- Trying to be ! I have an audition today.
- At the Conservatoire ?
- Yeah.
- (...) Shit... It’s ten !
- And so ?
- I have to be there at ten !
- I know a short cut, come on !
- Wait, wait !
- It’s this way.
- Are you sure ?
- Quite.
- That was fast. Thanks !
- Bonne chance.
Et tu as été admise, bien sûr. Tu as quitté Boston pour emménager à Paris. Un petit appartement dans la rue du Faubourg Saint-Denis. Je t’ai montré notre quartier, les bars, mon école. Je t’ai présentée à mes amis, à mes parents. J’ai écouté les textes que tu répétais, tes chants, tes espoirs, tes désirs, ta musique. Tu écoutais la mienne. Mon italien, mon allemand, mes bribes de russe. Je t’ai donné un walkman, tu m’as offert un oreiller. Et un jour, tu m’as embrassé. Le temps passait, le temps filait, et tout paraissait si facile, si simple, libre, si nouveau et si unique. On allait au cinéma, on allait danser, faire des courses. On riait, tu pleurais, on nageait, on fumait, on se rasait. De temps à autres, tu criais, sans aucune raison, ou avec raison parfois, oui, avec raison parfois.
Je t’accompagnais au Conservatoire, je révisais mes examens, j’écoutais tes exercices de chant, tes espoirs, tes désirs, ta musique, tu écoutais la mienne. Nous étions proches, si proches, toujours plus proches. Nous allions au cinéma, nous allions nager, rions ensembles, tu criais, avec une raison parfois, et parfois sans. Le temps passait, le temps filait.
Je t’accompagnais au Conservatoire, je révisais mes examens, tu m’écoutais parler italien, allemand, russe, français. Je révisais mes examens. Tu criais, parfois avec raison. Le temps passait, sans raison. Tu criais, sans raison. Je révisais mes examens, mes examens, mes examens, mes examens. Le temps passait, tu criais... tu criais... tu criais.
J’allais au cinéma.
- Pardonne-moi, Francine.

(Dring)
- Oui ?
- (...)
- Thomas, are you still mad about yesterday ?
- No...
- Okay, just tell me, was it believable ?
- ...
- Oh, I see... Shit, it doesn’t work great at all. I'm supposed to say "our spring was wonderful, but summer is over...". But that sounds completely melo-dramatic. Whatever, the director loves that and I have to find a way.
- ...
- Thomas ? Are you listening to me ?
- No, I see you."

vendredi 16 mars 2007

Ouvrez-moi cette porte ou je frappe en pleurant

Malgré l’alcool, j’étais sincère hier, quand je disais que j’écrirais un nouvel article dans la nuit. En arrivant chez moi, j’avais des idées plein la tête. Tout le monde devait dormir, c’était le moment idéal.
Mais cette pinte m’a trop assommée. Le seul bon refuge, c’était mon lit. En fin de compte, je n’aime pas vraiment la bière. Je préfère de loin un alcool en petite quantité, mais à faire tomber les taureaux. C’est sûr, j’aurais dû m’envoyer une tequila frappée, qui m’aurait tenue éveillée une bonne partie de la nuit. Mes muses auraient été ivres et prolifiques jusqu’à l’aube.

Je ne m’étalerai pas une fois de plus sur l’état des temps, toujours durs et insipides. Je ne m’étendrai pas non plus sur les merdes ou les perles de ma vie. Pas envie.
Je constate seulement qu’autour d’un verre, ce n’est pas tant qu’on oublie les choses, mais tout paraît plus simple, ou plus clair, ou plus transparent, ou moins dramatique. Les portes s’ouvrent plus facilement. Je suis donc vouée à devenir alcoolique.
Semaine dévouée à diverses madeleines. Mon nez est le
premier à me plonger dans le bain du passé. Hier comme avant-hier, comme avant avant-hier, j’ai senti des parfums chargés de souvenirs. Je sais maintenant que je ne supporte plus l’odeur du gingembre. J’ai été servie en Arpège et Egoïste, mais ce ne fut pas le plus désagréable. Puis j’ai enfilé une chemise fripée. Elle portait encore le parfum d’un ancien amour. C’était étrange. J'avais l'impression d'être à nouveau dans ses bras. Je l'ai enlevée. Puis, le temps que les effluves s’étouffent dans les plis de la chemise, le temps d’enfiler un pull oint d’un Boss ou d’un Klein plus insignifiants, j’ai laissé glisser cette madeleine beurrée, jusqu’à la prochaine fois, jusqu’au jour où, toutes et sans pitié, je les mangerai.

lundi 5 mars 2007

Fishy

J'avais pourtant prévu de dormir tôt, comme pour mettre à profit cette dernière nuit de mes 20 ans. Je n'avais pas vraiment le choix. Ces derniers temps, mes rêves sont plus beaux que le reste. Je n'ai pas trouvé le sommeil, à bouger dans tous les sens, à chercher un bout de drap frais, à retourner mon oreiller mille fois.
Je suis tenue éveillée par le doute, les questions et les souvenirs, qui se battent au portillon de mon château hanté. Il est minuit, et je me dis connement que voilà, s'en est fini de mes 20 ans, de cette année glorieuse et pressée, qui reste semble-t-il dans le coeur de chaque homme.
J'allume la radio, curieuse de savoir ce qu'elle aura choisi pour endormir mon temps. Je pourrais tomber sur n'importe quoi. Mes oreilles n'en croient pas leurs yeux quand elles entendent Goldman. Ou comment me souhaiter le plus merdique des 21 ans...
A ce moment, je me dis que je ne suis pas seule. Ce bon Murphy s'est placé juste à côté de moi. Il réchauffe les draps et me vole mon sommeil.